"Il y a sur cette Terre ce qui mérite de vivre"*
Mahmoud Darwich
Plusieurs amis internautes m‘ont ouvertement et gentiment reproché d’être un rêveur, un idéaliste ou au mieux un optimiste incurable.
Je ne crois pas me tromper lourdement si je leur répondais que ce sont les rêveurs, les idéalistes, voire même les poètes qui ont permis aux sociétés humaines d’avancer politiquement, économiquement, socialement, culturellement et même technologiquement.
Une personne, une collectivité humaine qui cessent de rêver, perdent une raison majeure de vivre car comme le dit si bien le poète palestinien, Mahmoud Darwich, décédé en août 2008 aux Etats Unis d'Amérique, " il y a sur cette Terre des causes qui donnent un sens à la vie, qui méritent de vivre".
Il n'y a rien de plus terrible, à mon avis, que de se sentir privé de rêver ou d'espèrer.
Les réalistes n’ont fait que « codifier » ces rêves pour gérer les situations créées par les « aventuriers » de tout bord.
Bien que vivant dans un pays classé "pétro-dollars" ou "gazo-dollars", les Algériens ne rêvent pas de l'impossible ni même du meilleur.
Mais, à cause de l'incomptétence et de la cupidité de leurs dirigeants, qu'ils n'ont du reste pas choisis, la majorité d'entre eux est aujourd'hui réduite à rêver du minimum vital que tout gouvernement digne de ce nom et disposant des mêmes moyens financiers, assure à ses ressortissants.
Vous voyez, on est quand même loin de Platon !
Mon "rêve", mon "idéal", à moi se fondent essentiellement sur le constat objectif suivant :
1° Depuis 1962, l’Algérie est gérée et dirigée par des gens, qui se distinguent, dans leur majorité, par une mentalité cupide et obstinée, forgée durant la guerre de libération nationale et qui a été inculquée à leurs disciples ( le comportement infantile de Mohamed Bedjaoui dans ce qui devient "l'affaire de l'Unesco" illustre bien cette mentalité ).
2° La résistance, armée ou politique, active ou passive, à l’occupant français exigeait d’être en effet extrêmement prudent et méfiant pour ne pas se faire attraper par l’ennemi impitoyable, qui utilise tous les moyens pour venir à bout de cette résistance.
3°Certes, cette méfiance, somme toute naturelle, a permis aux résistants de survivre et de triompher de l’ennemi mais au lieu de s’en départir après l’indépendance, ils ont hélas continué à la pratiquer vis-à-vis de leurs compatriotes dont ils craignaient la rivalité pour les postes qu’ils occupent et les avantages matériels qu’ils en tirent légalement ou illégalement.
4° La méfiance des uns entraînant naturellement celle des autres, la confiance entre gouverneurs et gouvernés a commencé à s’estomper, dès la fin des années 1970, pour aboutir aujourd’hui à une rupture quasi-totale entre une direction du pays autoproclamée et un peuple maintes fois berné et déçu, méfiant et hostile.
5° La mission de tout gouvernement sérieux aujourd’hui est donc non pas de persévérer dans cette voie, dans cette fuite en avant suicidaire mais de s’atteler à restaurer d’urgence la confiance perdue, nécessaire à la bonne gouvernance du pays. Sinon, l’Algérie va connaître encore d’autres crises graves, de toute nature.
6° Au fait, que nous ont rapporté la ruse, la fourberie, le népotisme, le régionalisme, la zizanie, la cupidité, voire même la haine semés et pratiqués, à grande échelle, depuis 1962 ?
Absolument rien de bon.
Bien au contraire, ils ont fait de notre pays, vu comme un Paradis possible, un Enfer certain, pour tous.
Partant de ce constant peu reluisant, j’ai personnellement fait le choix stratégique d’adopter systématiquement avec mes compatriotes, là où je me trouverai, un comportement candide, fondé sur la confiance et ce, quelle que soit leur position à mon égard.
C’est, à mon humble avis, la seule manière de briser progressivement le cercle vicieux dans lequel les Algériens et les Algériennes se trouvent actuellement.
Comme je suis également foncièrement convaincu et je suis déterminé à soutenir cette idée comme je le pourrais, que 50 000 patriotes authentiques, c'est-à-dire 1000 par wilaya, pourront aisément remettre le pays sur rails et le sortir de l’ornière dans laquelle la mauvaise gouvernance et les calculs stupides des uns et des autres l’ont plongé depuis trois décennies.
"Mais où les trouver", me diriez-vous ?
"Boudiaf avait rencontré d’énormes difficultés à trouver « 60 hommes valables » pour l’aider dans sa «mission impossible » et vous vous osez parler de 50 000 cadres compétents".
Mais en Algérie, pardi !
On ne va pas quand même les chercher dans la lune ou les importer de Chine et du Moyen Orient, comme en 1962.
L’Algérie regorge de cadres honnêtes et compétents qui ont été obligés de mettre au congélateur leurs honnêteté et leurs compétences, pour pouvoir survivre dans notre société dont les valeurs ont été perverties par un système archaïque, qui reflète largement les tares morales et intellectuelles de ses géniteurs.
Dans le "Grand Souk", qu'est devenue l'Algérie, la mauvaise marchandise chasse la bonne et la médiocrité persécute la compétence.
Je suis sûr que si les conditions normales étaient de nouveau réunies, ils retrouveraient leurs qualités naturelles initiales.
Cela revient en quelque sorte à solliciter le "bon coté" de celles et ceux qui en ont encore.
Pour les irrécupérables : "Aafa Allah aan ma Salaf" ( Qu'Allah pardonne à nos frères et soeurs aînés qui ont été faibles et péché). La richesse insolente de notre immense et beau pays est la cause principale de nos problèmes et de la malédiction qui le frappe, depuis des décennies déjà.
La mission principale de ces 50 000 "guerriers" de la paix, de la sécurité et de la prosperité : Bannir, le plus tôt possible, la mentalité cupide et obstinée qui a prévalu jusqu’à présent chez la majorité des dirigeants du pays, à tous les niveaux de l'Administration, et qui a été à l’origine de la démobilisation de leurs concitoyens et opérer une rupture radicale avec les pratiques immorales en vigueur dans notre société troublée, qui ont considérablement terni l’image de notre pays et nui à la réputation de l'Etat algérien.
Cette rupture salutaire, impérative et urgente, doit se réaliser sans violence ni traumatismes qui viendraient s’ajouter à ceux qui ont marqué de manière indélébile notre pays, depuis les années 1988.
En tout état de cause, entre notre souhaitable, c'est-à-dire le redressement moral, politique, économique, social, et culturel, recherché par la majorité du peuple algérien et leur possible, incarné par la triste réalité du pays, c'est-à-dire l’abdication, par incompétence ou par complaisance, de la majorité de nos dirigeants, devant le fait accompli et face à des attitudes négatives qui n’engendreront que ruine et division, il ne faut pas hésiter un seul instant car il y va de notre survie en tant qu'Etat, Nation et Société.
Le désepoir et l'oisivité, qui est la mère de tous les vices, ont poussé notre jeunesse au suicide collectif, à travers notamment la harga ( émigration clandestine dans des conditions dramatiques ), la drogue et d'autres fléaux non moins dangereux qui se propagent rapidement au sein des couches juvéniles.
En effet, qu'est ce que c'est que mourir quand on n'a pas vécu ?
Ahmed Bensalah
*Il y a sur cette terre
Mahmoud Darwich traduction de Jalel El Gharbi
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : les hésitations d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, les débuts d’un amour, de l’herbe sur des pierres, des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir.
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : la fin de septembre, une dame qui franchit la quarantaine avec tous ses fruits, l’heure de la promenade au soleil en prison, un nuage mimant une nuée de créatures, les ovations d’un peuple pour ceux qui montent à la mort souriants et la peur qu’ont les tyrans des chansons.
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : il y a sur cette terre, le commencement des commencements, la fin des fins, On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine. Madame je mérite, parce que vous êtes ma dame, je mérite de vivre.
على هذه الارض
على هذه الارض ما يستحق الحياة : تردد ابريل، رائحة الخبز في الفجر، آراء امراة في الرجال، كتابات اسخيليوس، اول الحب ، عشب على حجر ، امهات تقفن على خيط ناي وخوف الغزاة من الذكريات.
على هذه الارض ما يستحق الحياة : نهاية ايلول، سيدة تدخل الاربعين بكامل مشمشها، ساعة الشمس في السجن، غيم يقلد سربا من الكائنات، هتافات شعب لمن يصعدون الى حتفهم باسمين، وخوف الطغاة من الاغنيات.
على هذه الارض ما يستحق الحياة : على هذه الارض سيدة الارض، ام البدايات، ام النهايات، كانت تسمى فلسطين، صارت تسمى فلسطين، سيدتي استحق لانك سيدتي، استحق الحياة.